Un pour tous, tous pour un !

Dans cet Edito du dernier journal de Sortir du nucléaire nous lançons un appel, donnez votre avis !

Le peuple suisse s’est prononcé en novembre 2016 à 46 % pour la sortie du nucléaire. Certes, ceci n’a pas suffi, mais six mois jour pour jour plus tard, le même peuple suisse a adhéré à plus de 58 % au principe de la transition énergétique 2050.

Une large majorité de nos concitoyens est donc favorable à l’abandon du nucléaire, la nuance étant dans les moyens pour y parvenir et peut-être aussi dans le rythme. Face aux tenants du tout nucléaire, nous sommes nombreux, très nombreux à vouloir sortir notre pays de ce guêpier. Les moyens pour y parvenir sont multiples et nous savons que la solution passera par la diversification des sources d’énergie, le remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables, ainsi que par des économies d’énergie.

Avons-nous bien affirmé qu’il fallait développer les énergies renouvelables ? C’est là que se trouve le point de ralliement de tout le front uni des forces opposées au nucléaire. Oui, nous pourrons gagner en présentant l’unité dans la diversité.

Nous devons toutefois admettre que certains adversaires du nucléaire sont très réticents face aux éoliennes et nous devons apprendre à travailler avec eux.
Oui, nous avons entendu ceux qui s’inquiètent de l’arrivée des éoliennes dans le paysage. Il nous faut maintenant les écouter. Nous souhaitons ouvrir le débat et les colonnes de notre journal à celles et ceux qui craignent l’énergie du vent. Vous êtes les bienvenus, nous souhaitons vous entendre, vous lire, entamer un dialogue constructif avec vous.

Ensemble nous serons plus forts, ensemble nous gagnerons !

Marc Oran
Membre du comité de Sortir du nucléaire

Gros plan sur Fribourg

Article extrait du dernier journal de Sortir du nucléaire. Intéressé-e ? Abonnez-vous !

Dans le canton de Fribourg, on vote aussi bien que Bâle ville : 63 % de oui pour la Stratégie énergétique 2050 et 48 % pour la sortie du nucléaire, mieux que la moyenne fédérale. Mais la politique cantonale en place est-elle à la hauteur des ambitions plébiscitées ?

Une étude mandatée par le WWF, classe Fribourg parmi les deux cantons romands les plus avancés dans le tournant énergétique. Ces cantons libèrent le plus de moyens pour encourager l’efficacité énergétique et les renouvelables. À l’inverse, le Jura figure parmi les lanternes rouges. Enfin, c’est dans les cantons de Neuchâtel et de Fribourg que les acheteurs d’un bien immobilier sont les mieux informés sur sa consommation énergétique et sur l’assainissement nécessaire.

Renforcer les incitations
Les chauffages électriques sont des gloutons. Ils seront remplacés graduellement grâce aux mesures cantonales mises en place. La rentabilisation des travaux d’isolation thermique étant très lente, une subvention intelligente s’impose pour pallier à ce défaut. C’est pourquoi, en plus du Programme Bâtiments de la Confédération, Fribourg a ajouté deux autres possibilités pour assainir son bâtiment : l’amélioration de la classe d’efficacité énergétique CECB et la rénovation complète avec certificat Minergie.

Formation professionnelle
Rendre les bâtiments bien moins voraces en énergie nécessite une maitrise des savoir-faire par les professionnels du bâtiment. La Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg offre désormais des formations continues CAS (Certificate of Advanced Studies HES-SO) en ‘analyse énergétique des bâtiments’, en ‘gestion énergétique communale’ et en ‘efficience énergétique industrielle’. Le renforcement du savoir-faire permettra d’accélérer les rénovations et de corriger les rénovations/constructions ratées sur le plan énergétique.

Développement des renouvelables
À Fribourg, pas une seule éolienne n’a encore pu être construite alors que le canton vient juste après Vaud en potentiel éolien à l’échelle romande. Le plan directeur est actuellement en révision. Le conflit avec des associations autour du parc du Schwyberg n’est toujours pas résolu. Un modèle de développement harmonieux de l’éolien est encore à trouver.

Pas assez
Malgré ces progrès, et en attendant pour l’éolien, la croissance des installations productrices d’énergie d’origine renouvelable et la maîtrise de la consommation d’électricité sont bien insuffisantes. Un sérieux coup d’accélérateur s’impose et cela concerne aussi les autres cantons. Heureusement les idées ne manquent pas ! Le canton de Fribourg regroupe 60’000 bâtiments dont 40’000 ont plus de 20 ans et devront prochainement subir des travaux d’isolation et/ou de remplacement du système de chauffage. Actuellement, le taux annuel de rénovation du parc est inférieur à 1 % par an. Le programme bâtiments renforcé favorisera-t-il des rénovations thermiques qui n’auraient pas eu lieu sans ? On le saura si le taux de rénovation des bâtiments dépasse clairement le 1 % par an dans l’avenir. En attendant, de nombreuses autres actions s’offrent à tous les cantons.

Groupe E, acteur de la transition
Le fournisseur de courant fribourgeois Groupe E offre déjà la possibilité de se fournir en courant vert et développe sa filiale ‘GreenWatt’. Gros bémol pourtant : la rétribution trop basse de groupe E pour le courant PV injecté à 8.5 ct/kWh, avec la crainte qu’ils baissent encore plus au niveau des FMB. Aussi, il faudra créer de nouvelles mesures pour aider les abonnés à réduire leur consommation sans perte de confort : tarification et facturation incitatives, conseils aux gros consommateurs, etc. Ce sont ces mesures combinées qui permettront au canton d’augmenter sa part d’autoproduction cantonale.

Pompes à chaleur : mollo !
Il est vrai que les pompes à chaleur (PAC) sont 2 à 4 fois plus efficaces que les anciens chauffages électriques à résistances mai ces derniers sont tellement inefficaces qu’ils ne peuvent pas être décemment utilisés comme référence. L’électricité renouvelable doit être utilisée avec sagesse. La législation doit mettre fin à l’installation de PACs dans des bâtiments dépourvus d’isolation optimale car même les PAC perfomantes sont des gouffres à énergie. Une PAC performante nécessite un réservoir d’énergie thermique naturelle comme une nappe phréatique, l’eau de surface ou la géothermie de faible profondeur. Dans la plupart des cas, il faut préférer les chauffages à pellets.

Une chose est de mettre fin à la folle croissance de la consommation d’électricité, une autre est de déployer tous les moyens à disposition et de chercher les outils de demain qui permettront d’atteindre le 100 % renouvelable. Pendant la récolte sur un pommier, les premiers fruits sont faciles à cueillir. Nous en sommes à ce stade de la récolte. Pour la suite, nous avons des plans à peaufiner pour aller cueillir les fruits situés plus haut. Il nous reste tant à apprendre pour atteindre et dépasser les objectifs de la Stratégie énergétique !

Philippe de Rougemont

Evaluation de la politique énergétique cantonale des bâtiments,
WWF Suisse, 2014
https://tinyurl.com/wwf-batiments-2014

photo : Fribourg. photo de Hanneke V.

S’approprier l’éolien

Article extrait du dernier journal de Sortir du nucléaire. Intéressé-e ? Abonnez-vous !

L’objectif de la SE2050 votée en mai est d’atteindre 4’300 GWh éoliens en Suisse d’ici 2050, soit 50 fois plus qu’aujourd’hui et 8 % de la consommation future totale. Comment relever ce défi ?

Mauvais débuts

Plusieurs consultations communales ont abouti au refus ou à la réduction de projets. La population riveraine a été « vaccinée » contre l’éolien : procédures de consultation faibles ou inexistantes, absence apparente de bénéfice local, pressions. Mais ces erreurs se font désormais rares, les phases de consultation se font plus en amont et la transparence est plus forte.

Une mauvaise image

Un article de la RTS relate que « 9 des 14 communes qui accueillent sur leur territoire des grandes éoliennes se sont démarquées par leur faible soutien à la Stratégie énergétique, 5 d'entre elles ont carrément refusé l'objet » (1). Alors comment faire progresser l’éolien ? La SE2050 accordera dorénavant aux projets d’éoliennes le statut d’intérêt national. Cette manière forte sera sans doute utile mais elle n’est pas la seule possible.

Inciter les coopératives communales

Les cantons et communes peuvent saisir cette occasion pour inciter au développement de coopératives communales ou intercommunales. Habitants, PME locales et collectivités pourraient y placer leur épargne, sur le modèle danois bien rôdé. Le projet EolJorat (Lausanne) est promu et géré par les SIL, tout en consultant les communes riveraines. Rien ne garantit que ce qui a fonctionné depuis 20 ans en Scandinavie fera mouche ici, mais la perspective intéresse ceux que nous avons interrogés.

Renouvellement des élus en place

La transition énergétique nécessite de tourner une page restée si longtemps ouverte qu’un pli rigide s’y est formé : nous sommes bloqués au chapitre uranium et fossiles. Saurons-nous tourner la page ? Benjamin Rudaz y croit : « J’espère toujours qu’un éveil se produira auprès des conservateurs. Malheureusement, une majorité de dirigeants, impressionnée par les lobbyistes des grands groupes énergétiques, baigne dans une bulle pro-nucléaire. De nouveaux politiciens de droite ayant grandi dans l’après-Tchernobyl-Fukushima auront plus de sympathie pour l’éolien. »

Accélérateurs en vue !

Il y a plusieurs lueurs d’espoir pour réussir le pari de la SE2050. L’Office fédéral de l'environnement va fournir des manuels d'aide pour clarifier la manière d'évaluer les projets. Les cantons qui ont un plan d’aménagement cantonal donnent aussi un signal d’espoir. Et puis le Tribunal fédéral tranchera sur les recours. Des jurisprudences seront posées, elles devraient arbitrer en faveur de l’éolien. En 2017, aucune nouvelle éolienne ne sera érigée, mais les voyants pourraient bien tourner au vert tout prochainement pour les 70 parcs en attente d’autorisation.

PDR & BR

  1. https://tinyurl.com/rts-communes-eoliennes

photo : Eolienne à Entlebuch (Lu), par Felix Broennimann

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