Faut-il démanteler les sites nucléaires ?

1er épisode

Article extrait du dernier journal de Sortir du nucléaire. Intéressé-e ? Abonnez-vous !

S’il est un sujet sur lequel l’industrie nucléaire et de nombreux-ses antinucléaires semblent s’entendre, c’est bien celui du démantèlement – ou « désaffectation » d’après Swissnuclear – des installations nucléaires. Certains n’hésitent pas à décrire le futur site comme une « prairie verte » ou un « pré verdoyant », appellations sans doute destinées à appâter le chaland écologiste. Qui pourrait être contre l’idée de faire disparaître totalement du paysage et de nos préoccupations ces immenses verrues que constituent les 440 réacteurs de la planète ?

3 stratégies de démantèlement
L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN, France) mais aussi de nombreux antinucléaires (Bernard Laponche lors du Forum Social Mondial de Paris en Novembre 2017) définissent 3 stratégies possibles [1] :

  • démantèlement immédiat ;
  • démantèlement différé, c’est-à-dire attendre que la radioactivité baisse d’elle-même avec le temps avant de commencer la déconstruction ;
  • démantèlement in situ, appelé aussi « confinement sûr » (couler du béton sur l’ensemble du bâtiment).

Avis de l’AIEA
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) recommande le démantèlement immédiat afin de ne pas faire supporter les coûts aux générations futures. L’IRSN ajoute un argument : « les circuits vieillissent et l’on finit par perdre la mémoire du site ». Tous, et en particulier les Suisses, ajoutent que l’exemple allemand à la centrale nucléaire de Greifswald, sur les rives de la mer Baltique, est la preuve de l’efficacité de cette stratégie.

Tout va très bien dans le monde du démantèlement nucléaire
Dans tous les pays où elle est présente, l’industrie nucléaire s’est construite sur l’opacité et les mensonges permanents. Il est donc légitime d’interroger cette unanimité et ces belles stratégies de disparition du nucléaire de nos paysages.

La question des déchets nucléaires
La question du démantèlement et celle des déchets sont liées puisque le démantèlement produit énormément de déchets : plusieurs centaines de milliers de tonnes par réacteur. En France, tout déchet en provenance du bâtiment réacteur est considéré comme radioactif, donc classé comme déchet radioactif (faiblement, moyennement ou hautement).

« Seuil de libération »
Dans la plupart des pays, il y a un seuil de radioactivité en-dessous duquel on considère que le déchet est conventionnel, c’est-à-dire traité comme n’importe quel déchet industriel et donc potentiellement recyclable. D’après le dossier de démantèlement du réacteur de Mühleberg, c’est le cas en Suisse. Or un très grand volume de déchets de démantèlement est constitué de gravats ou de métaux. Ces deux sortes de déchets sont recyclables. Fréquemment, on trouve de la radioactivité là où personne ne pensait qu’il y en avait et où donc personne ne prenait de précautions. À cela s’ajoutent les milliers de transports par route ou par train de ces gravats et autres ferrailles radioactives sans aucune garantie que certains ne « s’égarent » en route, passant ainsi de « faiblement radioactif à stocker » à « matériaux de construction bon marché ».

 

Déjà aujourd’hui en France il n’est pas rare que les portiques de l’industrie de conserves alimentaires

sonnent au passage de ferrailles radioactives de provenance inconnue.

 

Déchets issus du cœur
Concernant les centaines de tonnes de métaux et de béton provenant du cœur du réacteur et qu’il faudra bien mettre quelque part pour plusieurs milliers d’années, ils conduisent certains pays à abandonner le scénario de démantèlement immédiat faute de lieux d’entreposage.
Enfin, les projets d’enfouissement (France, Allemagne, ou Suisse) sont de plus en plus contestés, en particulier depuis les accidents nucléaires survenus en 2014 aux USA [2].

Les coûts du démantèlement
La Suisse se veut rassurante sur le sujet mais est régulièrement contrainte de revaloriser ses prévisions. Il faut dire que le fameux exemple allemand n’est, lui, pas rassurant. EWN a déjà décontaminé près des deux tiers de la centrale de Greifswald et a dépensé plus de 3 milliards d’euros. La facture finale devrait atteindre le double [3]. Par ailleurs, les chiffres les plus farfelus sont avancés en Europe. Même brouillard concernant les sites de stockage : ce ne sont pas 15 mais 32 milliards d’euros que pourrait finalement coûter le contre de stockage souterrain Cigéo à Bure.

Un nouveau marché juteux
Les problèmes de sécurité et d’entreposage des déchets sont loin d’être réglés. Les estimations de durée du démantèlement et surtout de coût sont excessivement sous-évaluées et les politiques de démantèlement en cours reposent sur des techniques complexes que nul ne maîtrise à ce jour [4]. La seule chose certaine c’est que s’ouvre un marché mondial juteux évalué à 220 milliards d’euros étalés sur plusieurs décennies [5].

Sommes-nous condamnés à démanteler ?
Après nous avoir pollués durant 50 ans, l’industrie nucléaire s’apprête donc à nous vendre au prix fort le ramassage de ses ordures
Alors, sommes-nous condamnés au démantèlement ? N’existe-t-il pas une quatrième stratégie qui mériterait études, estimations et réflexions politiques ? On en parle dans le prochain numéro.

Dominique Malvaud, Stop nucléaire Drôme Ardèche

1. tinyurl.com/irsn-3-strategies
2. tinyurl.com/2014-nouv-mexiq
3. tinyurl.com/demantel-all-it
4. tinyurl.com/bernard-nicolas-2014
5. tinyurl.com/marche-demantel

photo : Toujours pas de solution acceptable à l’horizon! Image: rabedirkwennigsen, pixabay.com

Les risques d’accidents

L'historique de l'industrie nucléaire montre qu'il y a des multiples facteurs qui amènent fréquemment à des incidents qui souvent débouchent sur des accidents.

Heureusement pour l'humanité, la plupart de ces accidents n'ont pas résulté dans des catastrophes majeures, mais ça donne la fausse impression d'une technologie bien maîtrisée.

On peut distinguer les causes potentielles suivantes :

Défaillance humaine

L'exemple classique est l'accident de Tchernobyl : un essai technique mal organisé a mené à la perte de contrôle et la conséquence était la catastrophe connue, avec des milliers de morts, des contrés entières empoisonnées à jamais, des maladies atroces des survivants et des descendants.

Défaillance technique

Défaillance technique Le cas le plus récent de défaillance technique concerne l'accident de Forsmark en Suède (2006), qui a montré que même une multiplication des systèmes de sécurité n’empêche pas toujours une défaillance technique potentiellement catastrophique.

Les risques sismiques

La plus grande centrale nucléaire du monde, la centrale de Kashiwazaki-Kariwa au Japon, a souffert de dégâts importants lors d'un séisme en 2007. Malgré le fait que les Japonais sont des experts en sécurité parasismique, la centrale a dû être fermée. A ce jour, elle n’a toujours pas été remise en opération.

Les risques de terrorisme

Les centrales nucléaires ne résisteraient pas à une attaque terroriste comme celle des Twin Towers du 11 septembre 2001. La seule défense contre une telle attaque par des avions plein de kérosène qu'on a trouvé jusqu'ici est de cacher la centrale par un rideau de nuages artificielles! Les terroristes sont priés de bien vouloir s'annoncer bien à l'avance afin que ce rideau puisse être produit dans les délais.

Bien heureusement, ce type d'accidents ne s'est pas encore produit ! Mais rappelons que le rapport « Secret défense » de la France affirme que le nouveau réacteur français EPR ne résisterait pas à une attaque par avion !

Les accidents nucléaires majeurs

Notons que cette liste n'est pas à jour, parce qu'il ne se passe pas une semaine sans un tel incident, dont chacun pourrait être la cause d'un accident majeur.

12 octobre 1957 Windscale (Grande-Bretagne)

Incendie à la centrale nucléaire de Windscale. L'accident se classe au niveau 5 sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES). À la suite d'un incident provoqué lors d'une opération d'entretien du graphite, des produits de fission, essentiellement de l'iode 131, sont rejetés à l'extérieur. Aucune mesure d'évacuation n'a été prise, mais les autorités compétentes prennent les mesures suivantes pour maîtriser le danger : interdiction de la consommation de certains produits et contrôle et arrêt des livraisons de lait pendant deux mois sur une zone de 500 km2. Sur les 238 personnes examinées, 126 sont légèrement contaminées au niveau de la thyroïde.

En 1983, un documentaire de la télévision britannique révélait que dans le village de Seascale, situé non loin de Sellafield, le taux d'enfants atteints de cancer était dix fois plus élevé que la moyenne nationale.

Selon le journal Le Monde du 2 janvier 1988, l'ancien premier ministre conservateur britannique, Harold Macmillan, avait ordonné d'étouffer un rapport détaillé sur les causes d'un grave incendie qui s'était produit à l'intérieur de l'usine de retraitement des déchets nucléaires de Windscale.

17 octobre 1969 Saint-Laurent-des-Eaux (France)

Centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux , Loir-et-Cher, en France. Un accident entraîne la fusion de cinq éléments combustibles dans le réacteur A1. Lors du déchargement, les opérateurs ont ordonné de charger un canal d'Uranium et de graphite. Le réacteur est resté un an à l'arrêt pour un coût de 20 millions de francs (un peu plus de trois millions d'euros). L'événement est qualifié d'incident par EDF; selon l'échelle INES actuelle, il s'agit d'un accident qui se situe au niveau 4.

21 janvier 1969 Lucens (Suisse)

L'éclatement d'un tube de force provoque une impulsion de courant et le réacteur (un petit appareil expérimental construit dans une caverne rocheuse) explose. Il est totalement détruit. La majeure partie des substances radioactives est contenue dans la caverne.

28 mars 1979 Three Mile Island (USA)

Suite à une panne des pompes d'alimentation en eau du circuit secondaire de l'un des réacteurs, un enchaînement de défaillances mécaniques, d'erreurs humaines et de défauts de conception, entraîne la fusion du coeur. L'enceinte de confinement étant restée intègre, le relâchement de produits radioactifs dans l'environnement est resté faible. L'accident de Three Mile Island est classé au niveau 5 sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES).

26 avril 1986 Tchernobyl (Ukraine)

Accident de niveau 7 selon l'échelle INES. L'accident est survenu dans la centrale nucléaire Lénine située sur les rives du Dniepr à environ 15 km de Tchernobyl et 110 km de Kiev, près de la frontière avec la Biélorussie. Suite à une série d'erreurs humaines et en raison de défauts de conception, le réacteur n°4 subit une fusion du coeur puis une explosion provoquant la libération de grandes quantités de radio-isotopes dans l'atmosphère. Les autorités évacuent environ 250 000 personnes de Biélorussie, de Russie et d'Ukraine. Plusieurs centaines de milliers d'ouvriers (600 000 environ), les « liquidateurs » sont venus d'Ukraine, de Biélorussie, de Lettonie et de Russie pour procéder à des nettoyages.

19 octobre 1989 Vandellos (Espagne)

Un incendie se déclare dans la salle des turbines, provoquant indirectement une inondation et endommageant différents systèmes, notamment la réfrigération du réacteur. Cet incident est classé au niveau 3 de l'échelle INES. Le gouvernement espagnol a décidé la fermeture définitive du réacteur en novembre 1992 après qu'une fuite d'effluents liquides radioactifs eut pollué le canal voisin. En février 1996, 15 personnes sont contaminées par inhalation d'américium 241 alors qu'elles vident les piscines de combustible de la centrale.

27 décembre 1999 Le Blayais (France)

L'inondation de la centrale nucléaire du Blayais est un incident nucléaire classé au niveau 2.

wikipedia.org

dissident-media.org

18 avril 2005 Sellafield (Angleterre)

83 000 litres de combustible liquéfié fortement radioactif, contenant environ 20 tonnes d'uranium et de l'acide nitrique concentré se sont échappés d'une fissure dans un tuyau et se sont répandus dans une cuve en acier inoxydable contenant 200 kg de plutonium dans l'enceinte de l'usine de retraitement Thorp située à Sellafield. L'enquête a montré que la fuite est restée inconnue pendant neuf mois.

25 juillet 2006 Forsmark (Suède)

Incident classé de niveau 2 sur l'échelle INES : défaillance d'un système de secours de la tranche 1 de la centrale de Forsmark ; par précaution, deux réacteurs de la centrale d'Oskarshamn sont fermés[]. « C'est le hasard qui a évité qu'une fusion du coeur ne se produise », affirme, dans le quotidien allemand TAZ du 3 août, Lars-Olov Höglund, qui a dirigé la construction de la centrale. « C'est l'évènement le plus dangereux depuis Three Mile Island et Tchernobyl », déclare-t-il le 2 août au quotidien suédois Svenska Dagbladet. Ole Reistad, directeur de l'institut norvégien de protection contre les rayonnements ionisants, déclare au TAZ que l'on est « passé près de la catastrophe » et près de la défaillance de la dernière barrière de sécurité ; « une telle chose n'aurait jamais dû se produire ». Suite à cet incident, le ministère allemand de l'Environnement va vérifier « le plus rapidement possible » si cet incident survenu sur un réacteur nucléaire en Suède pourrait également se produire dans les centrales allemandes.

source : Liste d'accidents nucléaires

16 juillet 2007 Kashiwazaki-Kariwa (Japon)

La centrale de Kashiwazaki-Kariwa a subi un tremblement de terre d'intensité 6,8 dont l'épicentre était éloigné d'environ 10 kilomètres. Le séisme a causé un incendie maitrisé deux heures après le départ du feu, ainsi que des rejets d'eau contenant des éléments radioactifs dans la mer. Des fûts contenant des déchets de faible activité ont également été renversés dans la zone de stockage, répandant pour certains leur contenu sur le sol. Des traces de radioactivité ont aussi été détectées au niveau du système de ventilation du réacteur 7 ce qui tend à prouver que de faibles quantités de ces éléments ont été rejetées dans l'atmosphère. Suite au séisme, les réacteurs de la centrale ont été arrêtés le 18 juillet 2007. Le coût total du séisme pour la centrale est évalué à plus de 600 milliards de yens (plus de 3,6 milliards d'euros) sur l'année comptable qui prend fin en mars 2008, entrainant un déficit de 95 milliards de yens (570 millions d'euros) pour cette même année.

23 juillet 2008 Tricastin (France)

Lors d'une opération de maintenance réalisée sur le réacteur 4, des substances radioactives se sont échappées contaminant très légèrement une centaine de salariés sur le site. En 2007, 842 alertes de niveau zéro (817 en 2006) et 86 de niveau 1 ont été signalées en France. Sur l'échelle INES, ce niveau 1 correspond à une «anomalie», du type de celles survenues en juillet 2008 à Romans-sur- Isere (Drôme) et le 7 juillet au Tricastin (Drôme). Aucun incident de niveau 2 n'a été répertorié en 2007 (un seul l'avait été en 2006).

2 décembre 2009 Cruas (France)

Un incident niveau 2 sur l'échelle INES a eu lieu à la centrale nucléaire de Cruas-Meysse. Plan d'urgence qui a entrainé l'arrêt du réacteur n°4.

11 mars 2011 Fukushima (Japon)

Suite à un séisme d'une magnitude de 9.0 les réacteurs de Fukushima se sont arrêtés automatiquement. Mais le tsunami de 14 m déclenché par le séisme inondait le site de Fukushima au bord de mer et provoquait la perte totale des alimentations électriques et du refroidissement indispensable des réacteurs nucléaires.
Des explosions d'hydrogène causées par la surchauffe des réacteurs détruisaient la superstructure des bâtiments rendant encore plus difficile le refroidissement par des moyens de secours, en conséquence le cœur du réacteur N°1 est entré en fusion ainsi que les cœurs des réacteurs n°2 et 3, quoique partiellement.
80'000 personnes ont été évacuées.
Cet accident a été placé au niveau 7 sur l'échelle l'echelle INES (le niveau le plus élevé) comme seulement l'accident de Tchernobyl l'avait été jusqu'à présent.

18 mars 2011 Doel (Belgique)

Un problème de débit a été constaté au niveau d'une pompe à eau de l'unité 4 de la centrale nucléaire de Doel. Les corrections nécessaires ont immédiatement été effectuées. L'incident a été classé au niveau 2 de l'échelle INES.

4 juin 2011 Anshas (Egypte)

À la suite de l'explosion d'une pompe de réacteur dans la petite centrale de Anshas (Nord du Caire), alors mise en service sans autorisation, une fuite de 10 m3 d'eau radioactive s'est produite. L'incident est classé niveau 3 de l'échelle INES.

INES, l'échelle internationale de classement des incidents et accidents nucléaires

L'échelle INES (de l'anglais International Nuclear Event Scale) sert à mesurer la gravité d'un événement nucléaire civil

     
INES 7: Tchernobyl 1986
  Fukushima 2011
INES 6: Mayak URSS 1957
INES 5: Windscale 1957
  Three Mile Island 1959
INES 4: Lucens 1969
INES 3: Fukushima 2013
INES 2: Forsmark 2006
INES 1: Tricastin 2008

La problématique des déchets nucléaires

On a déjà tout essayé pour s’en débarrasser :

  • Les immerger en haute mer (années 70)
    La plupart des fûts étaient éventrés après quelques années
  • Les mettre dans des anciens puits de pétrole (URSSR)
    Les substances radioactifs ont contaminé l’environnement
  • Les vitrifier
    des bactéries rongent le verre
  • Les encapsuler dans des céramiques au zircon
    La radioactivité les fragilise rapidement
  • Les enfuir dans une mine de sel (en Allemagne il y a 40 ans)
    Contrairement aux prévisions des géologues l’eau à envahi la mine qui menace maintenant de s’écrouler.

et la solution proposée aujourd’hui :

  • Les enterrer dans des couches géologiques profondes Les déchets restent radioactifs pendant des milliers d’années : Qui sait comment ils se comporteront pendant ce temps ? On ne savait même pas faire des prévisions correctes pour 40 ans ! Et il n’y aura aucune possibilité de les récupérer si nécessaire.

Non, il n’y a pas de solution pour les déchets nucléaires,
arrêtons donc pour le moins d’en produire encore !

La fable du nucléaire sans CO2

Contrairement aux idées fausses colportées par l’industrie nucléaire, la filière nucléaire prise dans son ensemble rejette des volumes de CO2 non négligeables, liés surtout à l’exploitation minière de l’uranium. En plus, cette émission de CO2 va augmenter à l’avenir avec l’exploitation de mines de moins en moins riches en uranium, ce qui implique une quantité de roches à manipuler de plus en plus énormes avec de l’énergie mise en œuvre correspondante. Pour couvrir les besoins en électricité des mines d’uranium on y installe des centrales électriques à charbon, et pour couvrir les besoins des énormes machines de chantier il faut apporter des quantités de diesel correspondantes, qui vont aussi produire le CO2 inhérent.

La problématique de l’uranium

L'économie minière de l'uranium dans le monde

Production actuelle

10 pays produisent 94 % de l'uranium extrait dans le monde

En 2006, les principaux pays producteurs (pour une production globale de l'ordre de 40 000 tonnes d'U) sont:

Il est intéressant de regarder de plus près la situation dans les deux pays suivants :

France :

On compte en France près de 170 anciens sites d'extraction et de traitement des minerais d'uranium. Tous ces sites ont représenté une production d'environ 72 800 tonnes d'uranium. L'activité minière française d'uranium a pris fin en mai 2001.

En février 2009 éclatait « Le scandale de la France contaminée », dénonçant la dissémination clandestine de grandes quantités de déchets minières radioactifs.

Niger :

Depuis près de quarante ans, Areva exploite près d'Arlit, à 150 km d'Agadez, une gigantesque mine à ciel ouvert. Au fur et à mesure que les mines d'uranium en France ont été fermées, le chantier d'Arlit a grossi. Les poussières radioactives, issues des montagnes de résidus, plongent la ville dans une atmosphère suffocante, provoquant la contamination des eaux et la destruction de la faune et de la flore à des dizaines de kilomètres autour des mines. Des ferrailles contaminées sont abandonnées. En 2003, la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), lors d'une mission au Niger, et malgré la confiscation de son matériel, a pu observer une contamination radioactive généralisée dans l'air et l'eau, ainsi que sur les ferrailles récupérées par les habitants. L'épuisement d'une des deux grandes nappes phréatique de la région, à hauteur de 70 %, est également préoccupant. À moyen terme, son irréversibilité est prévisible, ce qui rendra la vie purement et simplement impossible dans cette région. Il y a, de plus, de nombreuses pollutions annexes, essentiellement dues aux activités périphériques comme celles des carrières de charbon et des centrales thermiques, nécessaires pour la production de l’uranium. L'hôpital qui effectue les diagnostics étant géré par Areva, il n'y a aucun moyen de connaître réellement l'impact sur la santé des populations et des travailleurs. Mais le pire est à craindre.

France :

On compte en France près de 170 anciens sites d'extraction et de traitement des minerais d'uranium. Tous ces sites ont représenté une production d'environ 72 800 tonnes d'uranium. L'activité minière française d'uranium a pris fin en mai 2001.

En février 2009 éclatait « Le scandale de la France contaminée », dénonçant la dissémination clandestine de grandes quantités de déchets minières radioactifs.

Perspective de production

Tout comme la production du pétrole, celle de l’uranium connaîtra aussi son peak, comme le montre le graphique suivant :

Source : "Uranium Resources and Nuclear Energy" du Energy Watch Group (2006-12)

Cette illustration montre bien que

  • plus qu’on avance dans le temps, plus cher devient l’uranium, parce qu’il faudra exploiter des mines toujours moins riches en uranium.
  • à cause de cette faible teneur en uranium, il faudra déplacer toujours plus de roches et les procédés de concentration deviendront toujours plus énergivore.
  • l’émission de CO2 augmentera donc d’une manière inacceptable.
  • finalement, on atteindra le point où la production de l’uranium coûtera d’avantage d’énergie que uranium gagné ainsi ne pourra jamais produire.

Les dangers de l'uranium

Il est de bon ton aujourd'hui de prétendre que l'énergie nucléaire est une énergie propre. Mais c'est oublier un peu vite beaucoup d'éléments dont l'enrichissement de l'uranium.

Prenons l'exemple du Niger. A Arlit, une ville de 840'000 habitants à 1200 km de Niamey au milieu du désert, il y a deux mines d'uranium : l'une à ciel ouvert exploitée par la SOMAÏR et l'autre, souterraine, exploitée par la COMINAK. Ces mines sont en fonction depuis plus de 40 ans. La SOMAÏR et la COMINAK sont deux filières de la firme française AREVA. Rappelons que les centrales suisses s'approvisionnent, entre autre, chez AREVA.

Les risques pour la santé des mineurs et de leurs familles

Les mineurs qui travaillent dans ces mines n'ont aucune idée de ce qu'est l'uranium et encore moins de sa dangerosité. C'est seulement après l'accident de Tchernobyl que les dirigeants de la mine ont demandé aux mineurs de se laver les mains avant de manger et prendre certaines dispositions minimales de sécurité. Comme ils ne leur ont pas expliqué pourquoi, ces derniers étaient vexés qu'on leur demande cela et ne le faisaient pas. Jusqu'en 2006, les mineurs rentraient à leur domicile avec leur vêtement de travail couvert de poussières radioactives et c'est leur femme qui le lavait. Heureusement, ces dernières ayant compris le danger, se sont rebellées et ces habits sont maintenant lavés à l'usine. C'est aussi depuis l'année dernière seulement qu'ils ont pris des précautions pour transporter les concentrés uranifères. Auparavant, ils étaient déposés simplement à l'air libre sur le pont des camions pour être transportés jusqu'à la capitale. Il arrivait fréquemment que le chauffeur, voulant rendre service à ses amis, accompagnés souvent de sacs de nourriture, les embarque sur son camion.

Les dirigeants de la mine avaient aussi pour habitude d'offrir les vieilles ferrailles de la mine à leurs ouvriers. Ces derniers les revendaient aux ferrailleurs de la ville d'Arlit. Puis la transformation de ces vieilles ferrailles pouvait commencer, notamment en casseroles, cadres de fenêtres, plafonds des maisons, etc. Un rapport de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité a récemment montré que ces objets et ustensiles étaient contaminés et avaient été vendus dans tout le pays. Cela implique des conséquences sanitaires grave pour toutes les populations locales.

Les risques pour l'environnement

Par ailleurs, pour le traitement du minerai d’uranium dans les usines de la SOMAIR et de la COMINAK, il faut beaucoup d'eau. Comme les mines se trouvent en plein désert, ils ont puisé toute l'eau des nappes phréatiques et ils s'attaquent maintenant aux nappes fossiles, à plus de 300 m de profondeur (il faut 500 ans pour les régénérer). La région ne comporte pratiquement plus d'arbres, puisque ces derniers ne peuvent aller chercher l'eau dont ils ont besoin qu'à 60 m de profondeur. Avant, il suffisait de faire 10 km pour trouver du bois, alors que maintenant, les arbres se trouvent à plus de 300 km. Non content de vider les nappes phréatiques, la plupart de celles qui alimentent la ville sont contaminées.

Lorsque l'on extrait de l'uranium, une part bien inférieure à 1% est constituée d'uranium fissile. Le traitement du minerai génère donc de grandes quantités de déchets : 45 millions de tonnes depuis 40 ans, stockées à l'air libre. Ces poussières contiennent encore 80% de la radioactivité. En effet, l’extraction chimique entraîne bien l’uranium mais pratiquement pas les métaux lourds radioactifs (thorium 230, radium 226, plomb 210, etc.) qui lui sont associés. Ces poussières radioactives sont soumises aux vents violents coutumiers dans le désert et, du même coup, contaminent toute la région.

Comme si cela ne suffisait pas, le traitement de l'uranium nécessite de grandes quantités d'acide sulfurique. Celui-ci est produit directement sur place dans des conditions lamentables. Cette fabrication génère des pluies acides, qui ont détruit toute la flore locale. La faune, ne trouvant plus d'herbe, a également reculé et les environs de la ville d'Arlit sont maintenant bien vides. Les eaux usées de l'usine se déversent dans un grand bassin, de nombreux oiseaux migrateurs s'y arrêtent pour boire et malheureusement leur voyage s'arrête là.

L’énergie nécessaire pour la production de l’uranium

Toutes ces transformations nécessitent beaucoup d'énergie. C'est une centrale à charbon qui approvisionne en électricité le site. Les fumées de la centrale sont extrêmement polluantes et, en plus du CO2 dégagé, des suies se déposent dans tous les alentours. La SOMAÏR et la COMINAK disposent en outre de groupes diesel de secours. La consommation électrique annuelle est de plus de 90 GWh. Elles utilisent par ailleurs plus de 10'000 m3 de pétrole (carburant des engins de mine et des véhicules ; séchage du minerai et de l’uranate). Ainsi, s’agissant des données COMINAK de 2002, la production d’une tonne d’uranium nécessite 9,7 tonnes d’équivalent pétrole, sans compter l’énergie nécessaire à l’extraction du charbon, à la production et au transport sur site des consommables utilisés : soufre (11'768 t), ciment (5'160 t), chlorure de sodium (3'799 t), carbonate de sodium (2'955 t), nitrate d’ammonium (1'487 t), magnésie (637 t), explosifs (325 t), soude caustique (211 t), etc. Le bilan énergétique n’est pas fourni dans le rapport SOMAÏR 2004, mais il est probablement moins bon que celui de COMINAK dans la mesure où la teneur en uranium des minerais extraits par SOMAÏR est nettement inférieure (3 kg d’uranium par tonne de minerai contre 5 pour COMINAK).

Les problèmes sociaux

Comme si les catastrophes écologiques ne suffisaient pas, on peut ajouter les problèmes sociaux. Plus de 40% des 3'000 travailleurs des deux mines sont des intérimaires. Ils ne bénéficient d'aucun soutien médical, ni de retraite. De manière générale, les filiales d'AREVA annoncent qu'en 30 ans d'exploitation, ils n'ont relevé aucun cas de maladie liée au travail. C'est oublier un peu vite tous ces travailleurs morts de cancers. Mais ils sont malins et, afin de masquer les cancers, les hôpitaux des mineurs ont acquis très vite un laboratoire pour détecter le virus du Sida. Lorsque les familles demandent de quoi souffre le patient, les médecins répondent qu'il est "malade", sans autre précision.

Vous pensez que ça ne peut pas être pire? Navrée de vous annoncer que plus de 120 permis d'exploitation ont été délivrés, l'année dernière, par le gouvernement nigérien à des exploitants du monde entier dont des Chinois, des Canadiens, des Sud Africains, etc. Que restera-t-il du Niger dans 50 ans ?

Heureusement, une association existe depuis 2001 et dénonce tous ces faits. Il s'agit d'Aghir in man. Aghir in Man participe, entre autres, à la sensibilisation, à l’information et à la formation des populations, éléments essentiels pour que les Hommes puissent dénoncer l'inacceptable.

Conclusion

Lorsqu'on parle d'énergie nucléaire, il serait bon de ne pas oublier la provenance de l'uranium que l'on utilise dans nos centrales, ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle. Le nucléaire est une plaie du début à la fin.

Dr Isabelle Chevalley

Brillantes affaires en terres indiennes

Environ 80% du minerai d’uranium est extrait sur le territoire de peuples primitifs, sans qu’ils aient voix au chapitre et sans qu’ils tirent un quelconque bénéficie des milliards engendrés. Mais ils en paient les conséquences: les sols et les eaux souterraines sont contaminés, et le taux de cancers augmente.

AREVA: une insatiable soif d'uranium

AREVA (autrefois COGEMA), la plus grande entreprise nucléaire à l’échelle mondiale, est à juste titre titulaire du prix Public Eye Global Award 2008. De fait, avec des représentations dans plus de 40 pays, elle est parvenue comme aucune autre grande entreprise à profiter de la faiblesse de populations indigènes et, en brandissant le leurre de nouvelles places de travail, à concentrer entre ses mains toute la « chaîne de l’uranium », de l’extraction jusqu’au dépôt final – tout ceci sans se soucier des droits humains.

L'exemple du Canada

Dès 1933 environ, la COGEMA, ancêtre d’AREVA, a acheté une multitude de petites firmes engagées dans des projets liés à l’uranium, et s’est elle-même procurée des participations dans presque tous les gisements significatifs d’uranium. Entre-temps, COGEMA/AREVA s’est, de pair avec CAMECO, immiscée dans tous les domaines de la chaîne des combustibles.

La mine d’uranium de McArthur River, dans la province canadienne du Saskatchewan, est le plus gros producteur d’uranium au monde. AREVA/COGEMA est copropriétaire de la mine à hauteur de 30,2%, en compagnie de CAMECO (69,8%). Il y a trois ans environ, la mine a été inondée par une fuite d’eau totalement « imprévisible » – en réalité, une fuite d’eau n’ayant pas été correctement évaluée par les responsables de la mine. L’exploitation minière a toutefois pu reprendre par la suite.

AREVA/COGEMA possède en outre une participation de 37,1% dans la Cigar Lake Mining Corporation (CMLC). Cigar Lake, qui se trouve également dans la province du Saskatchewan, contient l’uranium naturellement le plus enrichi, mais également des mesures de sécurité particulièrement lacunaires: il y a 2 ans, une fuite d’eau a noyé la mine et mis en danger des mineurs. L’entreprise exploitante reconnaît elle-même que la mine ne peut plus être exploitée sur plusieurs années. Mais les mineurs qui ont parlé en public des mesures de sécurité déficientes sont confrontés à des représailles (p.ex. pas de réengagement). Les exploitants déclarent qu’ils ne veulent pas abandonner le gisement de 150'000 tonnes d’uranium.

À l’heure actuelle, le Nunavut (territoire au Nord-Ouest du Canada cédé il y a quelques années à la population des Inuits avec un statut autonome) est au centre de l’intérêt d’entreprises actives dans l’exploitation d’uranium. Avec les gisements de Kiggavik, End et Andrew Lake, le territoire du Baker Lake abrite le plus grand gisement d’uranium du Canada. AREVA est de la partie et étudie les possibilités de production du gisement de Kiggavik-Sisson, estimées à environ 65'000 tonnes d’uranium 308 (U308).

Un lourd tribut à payer

Les problèmes provoqués par les résidus toxiques liés à l’extraction d’uranium ne sont toujours pas résolus: d’immenses terrils constitués par la pluie et le vent s’amoncèlent aux abords des mines, et les particules radioactives qui ruissellent et sont soufflées contaminent l’air et l’eau. Comme des produits chimiques agressifs sont utilisés pour transformer le minerai d’uranium, les eaux et les sols de la région sont de surcroît empoisonnés par des résidus d’acide sulfurique, de mercure ou d’arsenic. Dans les mines souterraines, aucune aération efficace protégeant contre la radioactivité n’a encore été mise en place. Beaucoup de travailleurs indiens sont par conséquent tombés malades, atteints de cancers du poumon et de leucémies. On leur a très souvent mis à disposition, en guise de salaire, du matériel pour la construction d’habitations provenant des mines d’uranium. Des familles entières ont ainsi respiré pendant des années de l’air radioactif dans les pièces des leurs maisons. Certes, les entreprises exploitantes agissent aujourd’hui de manière plus prudente. Mais les problèmes pour les êtres humains et l’environnement persistent.

« Quand vous allumez la lumière chez vous, la vie s’arrête chez nous. »
(Tom LaBlanc, Sisseton Dakota)

Auteure: Helena Nyberg, AG Uran, INCOMINDIOS

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