Oubliés les beaux principes ?

Article extrait du journal 114 de Sortir du nucléaire. Intéressé-e ? Abonnez-vous !

L’EDITORIAL

Le Conseil fédéral a toujours affirmé, en particulier par la bouche de Doris Leuthard, qu’en matière de nucléaire la sécurité de la population doit primer sur toute autre considération. Il s’est pourtant opposé au renforcement des dispositifs de surveillance des vieilles centrales sous prétexte qu’on ne peut changer les règles en cours de jeu.
Aujourd’hui le Conseil fédéral va encore plus loin, il propose un affaiblissement des exigences réglementaires en matière de sécurité nucléaire [1] !

Une action en justice de riverains des centrales de Beznau exige qu’un accident risquant de se produire tous les 10’000 ans ne puisse exposer les habitants à des doses dépassant 1 mSv. Craignant que les tribunaux ne leur donnent raison sur la base des ordonnances en vigueur, le CF propose de modifier ces ordonnances pour fixer le seuil à ne pas dépasser à 100 mSv !
Le Conseil fédéral se cache derrière l’interprétation actuelle de l’IFSN : en limitant la dose admissible à 1 mSv on risquerait de devoir mettre hors service « non seulement Beznau 1 et 2, mais vraisemblablement toutes les centrales de Suisse »...
Alors que l’avis de la communauté scientifique évolue et tend à reconnaitre l’effet délétère sur la santé des faibles doses, le Conseil fédéral n’hésite pas à soutenir une position laxiste, à changer les règles du jeu en cours de route pour défendre les intérêts des exploitants !

Nous publierons tout prochainement sur notre site notre réponse indignée à cette consultation [2] !

Vous aussi, manifestez votre opposition à l’affaiblissement des normes de radioprotection !

Christian van Singer, Physicien, député vert

1. tinyurl.com/tagesanzeiger240118
2. tinyurl.com/consult-ordonnance-nucleaire

Les Jurassiens voteront !

Le 4 mars, les Jurassien-ne-s devront répondre à deux questions concernant les futurs dépôts pour le stockage des déchets radioactifs. Deux sites potentiels sont situés à moins de 50 km des frontières du canton [1]. Le Gouvernement jurassien recommande de répondre oui aux deux questions posées. Les enjeux sont énormes car 100’000 m3 de déchets seront enfouis pour… un million d’années ! C’est la première fois que le Peuple du canton est ainsi consulté sur la question du nucléaire, selon une disposition introduite dans la loi jurassienne dans les années 80.

Deux questions posées
Les deux sites concernés par cette votation sont les domaines Jura-est (AG) et Pied sud du Jura (SO et AG). Il s’agira de répondre à deux questions – sur les 118 de la consultation fédérale :

  • « Acceptez-vous que le domaine d’implantation Jura-Est continue d’être étudié dans la perspective d’un dépôt en couches géologiques profondes de déchets radioactifs ? »
  • « Acceptez-vous que le domaine d’implantation Pied sud du Jura ne soit plus étudié dans la perspective d’un dépôt en couches géologiques profondes de déchets radioactifs ? »

Les Jurassiens sont parmi les plus antinucléaires du pays. Lors du vote sur la Sortie programmée du nucléaire en novembre 2016, ils avaient voté oui à 57,5 %, précédés seulement par les Bâlois (BS 60,5 %) et les Genevois (59 %).

Une politique réellement au service du bien commun ?
Un certain nombre de critiques sont émises sur la démarche scientifique de ce dossier. Dans l’optique de trouver des solutions qui assurent au mieux la protection de la population et de l’environnement à très long terme, il est important de rester critiques dans ce dossier.
Seuls les Jurassiens pourront se prononcer démocratiquement sur le sujet. Un oui à la poursuite des études telles que présentées par la Confédération cautionnerait sa politique en matière de gestion de la question nucléaire, or elle comporte des lacunes importantes, notamment dans les concepts généraux sensés garantir la sécurité de la population, ainsi qu’en termes de prévoyance sur la question du financement du démantèlent des centrales.

Un refus pour que les études soient poursuivies
Un refus devrait être interprété comme un renvoi de la copie au Conseil fédéral, afin qu’il enjoigne la NAGRA à étendre ses études comme le demandent les experts Wildi et Buser, ainsi que, dans une moindre mesure, la CSN (commission fédérale de sécurité nucléaire), l’ADK (comité des cantons) et l’IFSN (inspection fédérale de la sécurité nucléaire). Tant qu’il n’y a pas de date décidée pour l’arrêt définitif de chacune des centrales par le Conseil fédéral, il est difficile d’accepter des projets de stockage. En effet, cela pourrait être pris comme argument pour continuer d’exploiter les vieux réacteurs encore plus longtemps, avec tous les risques que cela engendre.
Les demandes d’expertises supplémentaires n’ont pas été prises en compte et notre crainte est que ce soit uniquement pour des questions financières. Nous exigeons un projet avec un maximum de sécurité… pour un million d’années.

Nous encourageons donc les Jurassien-ne-s à voter
NON à la 1ère question,
OUI à la 2ème.

Erica Hennequin

1. tinyurl.com/votation-jura

Enfouissement profond des déchets radioactifs : une copie à revoir !

Le 23 novembre, le Conseil fédéral a lancé la consultation sur les résultats de l’étape 2 du site de recherche de dépôts géologiques profonds. Dans le cadre du processus de consultation, nous pouvons tous commenter le projet de la Nagra [1]. La consultation court jusqu’au 9 mars [2].

Nombreux documents en allemand
Le document sur lequel porte la consultation [3], bien qu’accompagné d’un rapport explicatif |4], renvoie à de très nombreux documents qui existent uniquement en allemand. La consultation étant ouverte à toute la population helvétique, cette restriction est pour le moins regrettable.
De ce fait, la discussion avec des experts du sujet et parlant les deux langues s’est avérée nécessaire. Ainsi, nous nous sommes inspirés de la prise de position de Marcos Buser et Walter Wildi [5].

Choisir parmi 3 sites
Lors de l’étape 3 de la procédure de sélection de sites, le choix devra être fait entre 3 domaines d’implantation (voir la carte). Nulle part n’est envisagée la possibilité qu’aucun de ces 3 sites ne convienne pour le stockage de déchets radioactifs en couches profondes sur le très long terme. Pourquoi cette option n’est-elle pas prise en considération ? Nous soulignons donc la remarque de messieurs Buser et Wildi : « Il appartient à une procédure scientifique rigoureuse et ouverte, dont le résultat n’est pas fixé d’avance, de garantir une réponse fiable. »

Discuter avec le reste de l’Europe ?
Dans l’étape 2 du Plan sectoriel « Dépôt en couches géologiques profondes » aucune comparaison n’est faite avec les projets d’autres pays d’Europe |6], ce qui permettrait pourtant une étude des sites de meilleure qualité scientifique. Par ailleurs, nos voisins européens sont confrontés à la même problématique, échanger avec eux sur la création d’un éventuel site de stockage commun pourraient aider au choix du site le plus sécurisé possible.

« Impact environnemental probable »
À la page 9 du document il est écrit : « Une étude de l’impact sur l’environnement comportant deux étapes doit être réalisée. Dans cette perspective, la Nagra a remis des enquêtes préliminaires […]. Celles-ci exposent l’impact environnemental probable d’un dépôt en couches géologiques profondes sur ces sites. »
Ensuite à la page 18 : « La proximité de la frontière sera prise en compte lors de la sélection dans la mesure où l’on s’abstiendra de toute atteinte excessive à l’environnement au-delà de la frontière. »
Ces extraits sont éloquents : il y aura des impacts sur l’environnement, mais dont on veut si possible épargner nos voisins. Il est bien connu que les écoulements ou autres incidents souterrains, comme les nuages radioactifs, s’arrêtent aux frontières !

Conflits d’exploitation potentiels
Plusieurs conflits d’exploitation potentiels sont relevés dans le document pour les 3 sites, conflits qui ne sont pas des moindres puisqu’ils concernent dans les 3 cas rien de moins que les ressources en eau ! D’autres conflits cités sont ceux liés à la présence potentielle d’hydrocarbures ou de charbon, ainsi qu’à des ressources en gravier ou en pierres pouvant servir pour la construction.

Argiles à Opalinus
Dans les 3 sites, la roche d’accueil prévue est constituée d’argiles à Opalinus. Pourtant, en 2009 déjà Greenpeace émettait des doutes sur les propriétés de cette roche [7] : « Les prétendues propriétés des argiles à opalines mises en avant par la Nagra n’ont pu être totalement confirmées par une étude de l’EPFZ. Celle-ci a donné des résultats inattendus ».

Prises de position officielles
Nous avons rempli les cases du formulaire ad hoc pour une prise de position complète. Elle est à votre disposition :
Nagra-prise-de-position-SdN
Vous trouverez également la prise de position du Conseil d'Etat Vaudois :
Lettre-du-CE-VD-au-CF

 

Alice Martin

1. Nagra : sigle pour la traduction allemande de « Société coopérative nationale pour le stockagedes déchets radioactifs »
2. https://tinyurl.com/lancement-consultation
3. https://tinyurl.com/document-consultation
4. https://tinyurl.com/rapport-explicatif
5. https://tinyurl.com/position-MB-WW
6. https://tinyurl.com/stockage-international
7. https://tinyurl.com/argiles-opalinus

Solaire : gare aux mythes !

Article extrait du dernier journal de Sortir du nucléaire. Intéressé-e ? Abonnez-vous !

L’IPCC chiffre l’émission totale de CO2 du solaire photovoltaïque entre 25 et 60 g par kWh [1] en tenant compte de tout le cycle de vie. Cela place le solaire parmi les énergies les moins dommageables pour le climat. Les partisans des énergies fossiles et nucléaire ont plaisir à rabâcher certains chiffres et mythes sur leurs nouveaux concurrents que sont les énergies renouvelables, notamment le solaire. Nous aborderons ces mythes au travers d’une série d’articles afin de les exposer et rétablir une forme de vérité.

Mythe n°1 : les panneaux photovoltaïques sont toxiques et non recyclables

L’objet de ce premier article concerne la composition, la toxicité et la recyclabilité des panneaux photovoltaïques.

Les terres rares montrées du doigt
Il existe une multitude de technologies différentes pour capter l’énergie solaire et produire de l’énergie électrique. Certaines permettent d’atteindre des rendements élevés approchant les 50 % [2]. Ces types de cellules font usage de terres rares dans les cristaux de silicium. L’extraction et le raffinage de ces éléments est dommageable pour l’environnement et leur recyclage est souvent difficile. C’est l’argument très souvent utilisé pour ternir la réputation du solaire.

La question est en fait mal posée
Il est très simple de contrer cet argument : l’immense majorité des panneaux installés actuellement dans le monde n’appartient pas à cette catégorie. La plupart des panneaux a une composition plus simple : oxyde de silicium (cellule), argent (contacts), verre (vitre), aluminium (cadre). Ces panneaux ‘classiques’ ont certes un rendement de 16 à 20 % mais chacun de leurs composants est récupérable et recyclable. En Suisse, ils représentent 98 % des ventes [3].

La durée de vie : un critère important
Il faut toujours ramener les impacts environnementaux d’une technologie (extraction, raffinage, fabrication, transport, installation, recyclage) à sa durée de vie totale. Ces panneaux classiques ont une garantie fabricant de 25 à 30 ans mais leur durée de vie réelle pourrait bien aller jusqu’à 40 ans [4].

Enjeu global...
L’enjeu se situe donc sur la totalité de la vie d’un panneau et sur son utilisation. D’une part, si l’installation est bien dimensionnée (adaptée aux besoins réels du consommateur) et si la consommation d’énergie reste modérée alors la durée de vie du panneau sera optimale. D’autre part,
l’impact environnemental sera encore plus faible si le panneau est produit en Europe (moins de pollution due au transport).
Ensuite, un panneau de meilleure qualité aura une durée de vie plus longue et donc un impact final inférieur. Si le fabricant utilise lui-même du courant vert, le poids environnemental du panneau descendra encore.
Enfin, un recyclage efficace en bout de chaîne [5] permettra d’en valoriser les matériaux.

L’enjeu se situe sur la totalité de la vie d’un panneau et sur son utilisation.

…Mais réflexion locale !
Comme tout produit industriel, l’impact environnemental d’un panneau solaire photovoltaïque n’est pas nul. Il serait faux de prétendre le contraire. Des critères et questions complémentaires à la composition du produit sont à considérer. Produire le plus possible ou adapter sa consommation ? Acheter du matériel à bas prix ou des composants de qualité ? Courir après les performances pures ou miser sur une
technologie éprouvée ? Bien plus que la technique elle-même, ce sont nos choix qui déterminent l’impact final du solaire.
À nous de jouer !

Benjamin Rudaz

1 tinyurl.com/ipcc-co2-solaire
2 tinyurl.com/solaire-rendements
3 tinyurl.com/solaire-ventes-suisse
4 tinyurl.com/solaire-duree-vie
5 tinyurl.com/pvcycle-valorisation

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