Un conseil fédéral à la dérive

Extrait de notre journal #116.

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Sortir du nucléaire à Alternatiba Léman 2018

 

Pour abolir l’arme atomique, une large majorité des Etats membres de l’ONU a dit «oui»! Oui pour mettre hors la loi internationale la possession ou l’hébergement d’armes nucléaires. La Suisse a hélas voté "non" avec les pays de l’OTAN et les détenteurs d’armes atomiques. Analyse d’une démission historique de la Suisse, que nous voulons rendre temporaire.

Arme de destruction massive par excellence, elle tue et mutile sans aucune discrimination : combattants, nouveau-nés, enfants et vieillards. Elle contamine les casernes militaires autant que les quartiers d’habitation, les pâturages et les champs. Les conventions de Genève s’appliquant contre les punitions collectives, pour la protection des non-combattants sont évidemment bafouées par la production, la détention ou l’hébergement de telles armes.

Une majorité s’est levée

Depuis sa création en 1979 à Genève, la Conférence du désarmement est censée aboutir à une abolition de ces armes, mais rien n’avance. Des résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU ont souvent demandé à la Conférence d’avancer dans ses travaux. Sans succès. C’est pourquoi dans un de ces gestes historiques où une majorité silencieuse se lève pour mettre un terme à la mainmise d’une minorité dominante, l’AG de l’ONU s’est mobilisée elle- même en décembre 2016 votant par 113 voix contre 35 l’établissement d’un Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN). En juillet 2017, la forme finale du traité était soumise à l’AG à New York et approuvée par 122 pays, soit par une large majorité.

La Suisse avec les puissances nucléaires

Une fois passée son acceptation de principe, la Suisse officielle a changé de position en refusant de signer le TIAN, se rangeant ainsi du côté de la minorité des pays détenteurs de la bombe et des pays membres de l’OTAN. Des voix se sont élevées en Suisse dénonçant un atermoiement inacceptable de la Berne fédérale. Notamment celle du conseiller national genevois Carlo Sommaruga. Sa motion demandant au Conseil fédéral de signer le traité et de le présenter au parlement pour ratification a été adoptée notamment par une majorité de voix d’élus de droite comme de gauche.

"Signer et ratifier le Traité envoie un message clair. La Suisse peut et doit jouer un rôle actif dans la réalisation de cet objectif." Peter Maurer, Président du CICR

Malgré la force contraignante de cette motion, le Conseil fédéral a encore confirmé sa position le 15 août dernier, invoquant une Suisse qui risquerait de perdre sa position... sous le parapluie nucléaire de l’OTAN. La position de M Cassis place ainsi la Suisse dans une alliance militaire datant de la guerre froide ! Dans un tweet fin-août, Robert Wood, ambassadeur des USA à la Conférence du désarmement a félicité la Suisse pour sa position. Les affaires étrangères du pays sont en pleine dérive. Des sources anonymes disent que l’embarras dans la Berne fédérale est grand.

Aidons Berne à corriger sa grave erreur

La section suisse d’ICAN est passée à l’action. ICAN, c’est la coalition internationale qui s’est dédiée à interdire l’arme atomique et qui a reçu le dernier Prix Nobel de la paix. Les trois bénévoles infatigables d’ICAN Suisse, Maya Brehm, Annette Willi et Mia Gandenberger savent à quel point la non-signature de la Suisse nuit au processus mondial d’adoption du TIAN. Leur objectif est que la Suisse respecte la motion parlementaire fédérale et signe sans tarder le TIAN. L’association abolitionniste a lancé une pétition en ce sens. Sortir du nucléaire s’est associé à la démarche avec l’objectif de récolter au moins 10’000 signatures. Nous avons déjà récolté des signatures lors des stands que nous avons tenus au Festival Alternatiba et au marché bio annuel de Saignelégier. Sans pression croissante, rien ne bougera. Nous comptons sur une participation large. Montrons à M. Cassis qu’il ne parle pas au nom de la population !

Philippe de Rougemont, Président de Sortir du nucléaire

Journal #115

Venez découvrir le numéro 115 de notre journal. Bonne lecture!

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Portrait: Roland Desbordes

Quand as-tu entendu parler pour la 1ère fois du nucléaire ?

C’était en 1960, j’avais 15 ans. La France venait de rentrer dans le «club» des pays nucléarisés en faisait exploser sa première bombe atomique dans le désert algérien qui était encore français.

Je ne comprenais pas que l’on puisse aller sur ce terrain alors que 15 ans plus tôt on découvrait l’horreur d’Hiroshima et Nagasaki. Mon premier engagement à 18 ans a été de lutter contre l’armement atomique. J’ai vite compris que les liaisons avec le nucléaire civil étaient fortes : même discours, mêmes mensonges, même opacité. J’ai donc natu- rellement élargi mon combat contre le nucléaire civil, d’autant plus que la France partait dans les années 70 dans un programme de construction de centrales complètement déli- rant. En 1977 à la grande manifestation contre Superphénix, un ami, Vital Michalon a été tué par une grenade. Je n’ai pas eu le courage de continuer le combat. Il a fallu 1986, Tchernobyl, pour me convaincre qu’il fallait reparti, mais avec d’autres armes, scienti- fiques cette fois, ce qui s’est traduit par la création avec quelques amis de la CRIIRAD.

Dans ton passé, qu’est-ce qui explique ton orientation critique ?

Je suis originaire de la montagne savoyarde, j’étais le seul dans ma classe à oser partir faire des études secondaires au lycée à Annecy. Cela n’a pas été facile car ma famille n’imaginait pas trop que l’on puisse faire autre chose que du reblochon dans la montagne. Il n’y avait aucun livre à la maison, la radio était notre seule ouverture sur le monde. Mais mes parents avaient d’énormes valeurs et sans faire de bruit ils ont «milité», pendant et après la guerre ; parfois en prenant des risques énormes mais ils avaient la force de ne pas se poser de questions : c’était normal d’accueillir un juif en fuite, un arabe algérien à la maison en pleine guerre d’Algérie.... Ils m’ont beaucoup transmis sans donner de leçons de morale, juste l’exemple !

Qui t’a inspiré dans ta jeunesse comme figure idéale ou penseur ?

Je pense sans beaucoup hésiter à Théodore Monod, d’abord ses écrits scientifiques... mais qui m’ont fait découvrir par la suite un grand penseur universel, un Pascal des temps modernes. J’ai ensuite partagé avec lui sa passion du désert sur laquelle nous avons pu échanger très simplement.

Parmi les projets que tu portes pour l’avenir, lequel t’importe le plus ?

La nécessité de sortir du nucléaire avant la prochaine catastrophe, doit passer par la dissolution de l’AIEA et du traité Euratom. Ces structures d’un autre âge, créées dans les années 50, dotés de moyens très importants, parviennent à maintenir sous perfusion cette industrie. Il est temps que cela finisse, alors commençons par abroger Euratom. C’est à notre portée vu que la majorité des états européens ne sont pas nucléarisés. Je crois sincèrement que cette utopie est réaliste.

Qu’aimerais tu dire à des gens qui te liraient dans 100 ans ?

Je voudrais leur dire combien je suis en colère d’avoir «laissé faire» ce nucléaire civil et militaire pour l’égoïsme de ma génération et de laisser en cadeau empoisonné des déchets radioactifs, des régions inhabitables. Dans l’histoire de l’humanité nous avons inversé une courbe vieille de milliards d’années : la radioactivité ambiante baissait, ce n’est plus le cas. Comme l’a dit T. Monod, et plus fort encore Jean Rostand : la radioactivité et la vie ne font pas bon ménage !

Propos recueillis par Philippe de Rougemont.

 

Le solaire est-il rentable ?

Article extrait du dernier journal de Sortir du nucléaire. Intéressé-e ? Abonnez-vous !

Mythe n°3 : Le solaire ne sera jamais rentable

Ce 3ème mythe est très vivace [voir les mythes 1 et 2]. Pendant très longtemps, le solaire n’a pas été rentable. On parle ici de rentabilité économique, liée au prix des composants, à leur durée de vie, aux tarifs de l’électricité, au cadre légal. Outre ces points, une chose n’a pas changé : l’énergie primaire, elle, est toujours gratuite.

Evolution des coûts d’installation

Le coût d’une installation comprend ceux des panneaux, onduleurs, composants électriques, frais de pose et de raccordement au réseau. Chaque élément change de prix de manière différente. Les cellules solaires constituaient historiquement le coût principal.
Or ce prix a été divisé par 10 en 15 ans, passant sous la barre des 50 ct/watt en 2014. Cette courbe va rester plongeante, les volumes produits étant en train d’exploser. Les onduleurs vivent aussi leur petite révolution : une transition s’effectue d’un onduleur unique et massif par installation à un micro-onduleur par panneau. Les coûts sont réduits et répartis dans le temps en cas de panne, laquelle ne met hors service qu’un seul panneau et non l’installation entière. La part des coûts la plus stable reste la main d’œuvre d’installation. Cette part reste assez incompressible, ce qui est réjouissant car ces installations représentent une source d’emplois correctement rémunérés et locaux.
L’équipement d’une maison individuelle (~24 m2, 4 kWp) est estimé entre 13’000 et 16’000 CHF, suivant les fournisseurs et les offres.

Prix de rachat
Le temps du solaire porté à bout de bras par les pouvoirs publics, avec un rachat à 30 ct le kWh, est révolu. Cela n’est plus nécessaire au vu des coûts bien plus faibles qu’auparavant. Selon les nouvelles conditions légales, ce type d’installation bénéficie d’une rétribution unique fédérale à hauteur de 3-4’000 CHF. L’investissement final est donc d’environ 10-12’000 CHF.
Le courant électrique produit par une maison individuelle est racheté à un prix variant très fortement d’un fournisseur de réseau à l’autre1. Il est actuellement de 10.2 ct/kWh à Lausanne, dans la moyenne nationale. Si une installation produit 4’000 kWh/an, en prenant une durée de vie de 30 ans, l’amortissement de l’installation revient à 400 CHF/an. La revente totale directe du courant rapporte alors 472 CHF/an. On est donc déjà dans le positif, financièrement parlant.

CQFD, ou comment gagner de l’argent avec du sable vitrifié et du soleil !

L’autoconsommation est intéressante
Ce bilan peut encore s’améliorer si une partie du courant est autoconsommé, par exemple pendant la journée, par les appareils restant allumés. L’énergie tirée des panneaux représente alors une économie directe d’un achat de courant du secteur (~23 ct/ kWh - puisqu’incluant des taxes). Une autoconsommation de 25 % (possible sans batterie) représente 240 CHF d’économie par an.

Bilan financier
Si le reste de la production (75 %) est vendu et rapporte 350 CHF, on a donc presque 600 CHF de positif annuel pour 400 CHF d’amortissement. L’investissement de base est donc amorti au bout de 20 ans, après quoi l’installation est une source financière nette pour son propriétaire.
Cette durée d’amortissement peut être plus longue, par exemple si les tarifs de rachat baissent, ou plus courte, si l’autoconsommation est plus forte ou si le coût de l’installation baisse, ce qui est le cas chaque année.
Le législateur fédéral semble compter sur cette tendance puisque les programmes de soutien cesseront définitivement en 2030.

Benjamin Rudaz

1. vese.ch/fr/pvtarif-2

Photo : Elevage de pylônes électriques profitant du coucher de soleil. Xinjiang, Chine.

Et si on ne démantelait pas les installations nucléaires ?

Article extrait du dernier journal de Sortir du nucléaire. Intéressé-e ? Abonnez-vous !

Cet article pose la question du non démantèlement des centrales nucléaires. Il a vocation à être critiqué sur chaque point et argument car nous ne prétendons malheureusement pas avoir trouvé le Graal qui nous assurerait une sortie du nucléaire sans déchet ni inconvénient. Par ailleurs, il est une condition sine qua non à cette proposition : ne plus produire de nouveaux déchets. Un arrêt du nucléaire civil et militaire est un préalable.

Rappel du 1er épisode
Dans l’épisode précédent nous avons fait le tour des solutions de démantèlement et de leurs inconvénients, ainsi que des intérêts financiers pour une industrie en pleine déconfiture. Nous avons vu, afin d’éviter tout débats et contestations, que l’industrie nucléaire n’hésite pas à transformer le vocabulaire : les expressions « pré verdoyant » ou « retrouver le gazon vert » parsèment les documents suisses, allemands ou français afin de remplacer le trop technique mot « démantèlement ». Mais pourquoi donc – et de façon aussi unanime – les industriels, scientifiques et politiques du nucléaire n’envisagent-ils que le démantèlement ?

Superficie des centrales
Une centrale nucléaire comme celle de Cruas en Ardèche occupe une superficie de 148 hectares. En France il y a 19 centrales, une bonne dizaine d’autres installations nucléaires civiles et autant de militaires soit une quarantaine de sites contaminés au total. Très grossièrement on peut dire que ces 40 installations représentent environ 6’000 hectares, soit 0,011 % du territoire national (France métropolitaine). En Suisse les 4 centrales (6 km²) représentent 0,014 % du territoire. Nos pays peuvent donc supporter le fait de perdre définitivement quelques km². On aimerait certes les voir reverdir, mais à condition de ne plus ouvrir de nouveaux sites pour mettre des milliers de tonnes de déchets ou de nouvelles centrales.

Manifestation d’antinucléaires devant la centrale de Brennilis (Bretagne, France)

Comment ne pas démanteler ?
La première étape est de retirer les combustibles usés, de les entreposer à l’extérieur en piscine ou à sec (par exemple à la Hague en ce qui concerne la France). Ensuite, il est possible de détruire les corps de bâtiments situés en dehors de la zone contaminée ou de les utiliser à des fins éducatives, de formation ou de musées de la « folie nucléaire ». Toutes les installations contaminées restent en l’état et sont entretenues, contrôlées, protégées durant les centaines d’années, voire plus, qui sont nécessaires à la disparition de la radioactivité. Et ce bien sûr avec les mêmes critères que ceux qui prévalent actuellement aux centrales en fonctionnement. Il faudra donc des dizaines de salariés par site pour maintenir en état ces installations et assurer leur sécurité.

Pas des gardiens mais des ingénieurs, des techniciens, des travailleurs qualifiés et formés, avec une garantie d’emploi assurant le passage de la mémoire des installations. D’aucuns diront qu’il s’agit d’argent perdu, de métiers qui ne produisent pas de richesse. Mais n’est-ce pas déjà ce que l’on fait ou envisage de faire sur les sites de déchets nucléaires ?

Assurer la sécurité des populations
n’est-il pas aussi valorisant que produire
de l’énergie ?

Et ensuite ?
Le béton et le métal des cuves vont progressivement s’éroder. Sans doute au fil du temps mais pas plus que dans les sites d’entreposage des déchets envisagés actuellement. Et peut-être même moins si l’entretien est assuré quasi quotidiennement. En restant accessibles à tout moment ils rendront possible une intervention. Certaines centrales et installations nucléaires sont situées dans des zones inondables et/ou sismiques. Mais sans combustibles ces installations sont capables de supporter de tels risques. Elles pourront être renforcées si nécessaire.

De la nécessité de débattre
Ces arguments sont les plus souvent avancés pour le moment en défaveur de cette solution de non démantèlement, y compris dans les rangs des antinucléaires. A vous d’en ajouter car c’est ainsi que le débat doit s’engager sur des choix qui impacteront des générations et des générations. Ne pas démanteler signifie aussi ne pas transporter des milliers de tonnes de déchets et de gravats radioactifs, pas de robots grimpeurs raboteurs découpeurs, pas de mise en danger de centaines de salariés souvent externalisés et sous-payés, pas de déchets « perdus » dans les pays pauvres,  pas de millions de dollars ou d’euros évanouis dans des sociétés alléchées par des marchés en constante augmentation.

En réalité le seul vrai argument contre cette solution est que nous allons laisser aux générations futures la preuve visuelle, tangible, de 70 ans de folie nucléaire. Et c’est bien pour cela que nos industriels scientifiques et politiques veulent raser, cacher, disperser les monstres qu’ils nous ont imposés.
Et c’est pour cela que nous voulons que ces monstres restent visibles afin que les générations futures sachent jusqu’où peut aller la folie industrielle et marchande.

Dominique Malvaud, STOP nucléaire Drôme Ardèche (collectif ADN)

Alerte de médecins suisses indignés

Un article du Bulletin des Médecins Suisses, informant sur l'état préoccupant de la protection contre les radiations:

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Quelques références, pour aller plus loin

Référenceskeyboard_arrow_up

 

L’Allemagne remise ses deux démons électriques au placard

Article extrait du dernier journal de Sortir du nucléaire. Intéressé-e ? Abonnez-vous !

La comparaison avec nos voisins allemands a souvent servi d’argument de campagne pour refuser la sortie du nucléaire en Suisse. Les personnes utilisant cette comparaison argumentent encore que, suite à une sortie trop précipitée du nucléaire, l’Allemagne aurait, dû remettre en fonction des usines à charbon ou à gaz, avec in fine un courant plus sale qu’avant sa transition énergétique. Le caractère hautement polluant du mix énergétique allemand – pour le moment – n’est pas remis en question ici. En revanche, les tendances annoncées par les défenseurs de l’atome suisse tombent totalement à plat lorsqu’on regarde les chiffres de l’électricité allemande.

La décision de sortir du nucléaire
La sortie du nucléaire en Allemagne s’est décidée en deux temps :
- au début des années 2000, avec un développement de l’éolien et du solaire,
- à l’aune de la catastrophe de Fukushima en 2011.
Les analyses qui suivent se basent sur les données collectées par l’institut Frauenhofer1. Il est notamment question de production électrique de chaque type de centrale, en térawatts-heure (TWh). Les données étant disponibles dès 2002, cette année sert de référence comme « situation au début de la transition », l’année 2010 comme « avant Fukushima » et l’année 2017 comme situation actuelle.

Evolution entre 2002 et 2010
Le mix électrique allemand du début des années 2000 est bien loin d’une production durable, avec une large domination du nucléaire (31 %), du charbon et gaz (60 %). Les énergies renouvelables font pâle figure, couvrant moins de 10 % des besoins. La situation est donc doublement problématique, avec les centrales nucléaires vieillissantes d’une part, et d’autre part un lourd héritage de production thermique, sans avenir en vertu de la nécessité de réduire les émissions de CO2 et des accords internationaux sur le climat.
En 2010, la production d’origine nucléaire a baissé de 15 % et celle venant du charbon de 10 %, alors que la production éolienne a été multipliée par 2.4 et le solaire par 7.3. Les autres gagnants de ce tournant progressif sont la biomasse (fois 7.7) et dans une moindre mesure le gaz naturel (fois 1.5).

« Il n’y a donc eu ni pénurie d’électricité, ni augmentation massive des contributions ‘sales’ ».

L’après Fukushima
C’est l’année suivante que survient le choc de l’accident de Fukushima, qui pousse les autorités allemandes à d’une part arrêter par précaution les réacteurs nucléaires âgés, et d’autre part à accélérer le calendrier de sortie de l’atome. Or, si on revient aux arguments des anti-renouvelables, ce virage accéléré se serait accompagné d’une réouverture massive de centrales au charbon et au gaz.
La réduction de quasi moitié de la production nucléaire allemande entre 2010 et 2017 s’est faite grâce aux énergies renouvelables, tandis que le charbon est resté stable, à quelques pourcents de sa production pré-Fukushima. Le gaz naturel a vu son utilisation diminuer de 20 % entre 2010 et 2017. L’Allemagne est simultanément devenue exportatrice nette d’électricité (52 TWh en 2017).

La situation en 2017
Malgré le tableau encourageant des chiffres de 2017 (voir figure), l’impact CO2 moyen du kWh allemand est encore très élevé. L’Allemagne a une belle marge de progression puisque quasi 10 % de cette production est exportée en 2017. La transition énergétique allemande est donc retardée par une stratégie de survie économique de la branche productrice d’électricité et son dumping des prix, permettant la vente massive de courant allemand sur les marchés européens, et la prolongation d’exploitation des centrales à charbon.
Cette stratégie est possible en partie à cause d’une taxation CO2 européenne trop faible, car fixée par le marché, et sans appui politique réel. Nos barrages suisses en font actuellement les frais, ne pouvant s’aligner sur des tarifs trop bas (3-4 ct/kWh).
Cette situation est toutefois en rapide évolution. L’essor explosif de l’éolien offshore, à la production plus régulière, la pression politique pour une taxe CO2 plus incitative, et le dépôt de bilan de certains producteurs thermiques continuent. Contrairement aux premières phases fortement subventionnées de la transition, les nouvelles capacités renouvelables fournissent du courant sans soutien étatique et moins cher que le nucléaire ou le thermique.

L’Allemagne est donc au milieu du gué. Avec la future mise à pied définitive du nucléaire (2022), et l’obsolescence programmée (fonctionnelle, écologique et économique) du charbon, la transition est en bonne route. Si l’Allemagne y parvient, malgré son lourd passif, en 20 ans, la Suisse peut largement l’accomplir avec seulement 40 % de nucléaire à remplacer, sans bougies, et sans importations sales !

Benjamin Rudaz

1. energy-charts.de

Révision partielle de l’ordonnance sur l’énergie nucléaire : un projet inacceptable !

Prise de position

Le projet de Révision de l’ordonnance sur l’énergie nucléaire propose un affaiblissement des exigences réglementaires en matière de sécurité nucléaire. Ceci est inacceptable. Nous refusons la modification de cette ordonnance qui augmente la dose de radiation légale à laquelle la population suisse et voisine pourrait être exposée. Le projet de révision exposerait dorénavant les habitants à des doses non plus de 1 mais de 100 mSv lors d’un accident risquant de se produire “tous les 10'000 ans”.

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à télécharger ici : Prise de position

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